Manifeste pour la conservation du Têtard

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aguilar-3Ce manifeste a été approuvé lors de la Première Fête du Têtard qui a eu lieu à Aguilar del Alfambra (Teruel) le 24 octobre 2009. Les associations et les collectifs qui voudront la soutenir par la suite pourront nous le faire savoir afin d’être incorporés à la liste ci-dessous.

MANIFESTE

  1. Les rivages de la Chaîne Ibérique ont été transformés historiquement moyennant la manipulation de sa végétation pour fournir des formations végétales ouvertes où certaines espèces forestières comme le peuplier noir ou le saule blanc ont été favorisées.
  2. Le têtard est une modalité du peuplier noir obtenue de façon traditionnelle au moyen de l’émondage périodique. Ces arbres ont un tronc droit et gros, élargit à l’extrêmité supérieure (tête) et suivi à une même hauteur dans les branches (poutres) qui poussent au-delà de l’accès aux dents du bétail.
  3. Les bois du têtard en résultent de la plantation, le soin et l’utilisation des communautés agricoles dans les rivières, les canaux d’irrigation et les sources depuis des siècles. Le bois a été très utilisé dans le bâtiment, en tant que combustible ou fourrage pour l’élevage extensif. L’exploitation du bétail a modelé les rivières et les a transformées en pâturages allongés avec des prés frais éclaboussés de vieux peupliers monumentaux.
  4. Les rivages de la Chaîne Ibérique aragonaise contiennent les bois de peupliers ou trognes les plus grands, les plus continus et les mieux conservés de toute l’Europe , malgré l’étendue de l’aire de distribution de cette espèce dans le Continent
  5. L’obtention de nouveaux peupliers à partir des petites branches de l’émondage des vieux têtards pendant des siècles a permis de conserver les caractéristiques propres aux peupliers noirs ibériques. Il s’agit d’un réservoir génétique face à l’introduction de gènes non autochtones dans les populations actuelles de Populus nigra à partir des varietés et des espèces foraines.
  6. Les vieux têtards déterminent le fonctionnement des écosystèmes des rives dans des nombreux tronçons des rivières du sud d’Aragon et modifient les conditions microclimatiques, édaphiques et hydrologiques, de même que la composition des communautés biologiques.
  7. Les peupleraies présentent des traits propres aux anciens bois des rivières qui hébergent de nombreux arbres vivants très âgés, d’une grande dimension et une abondance de creux internes, ainsi qu’une grande quantité de bois mort. Ces bosquets conservent une grande continuité temporelle et spatiale. Il est très difficile de trouver une telle concentration de ces arbres aux rivières actuelles de la Péninsule Ibérique.
  8. Ces trognes offrent divers microambiances servant de support, de refuge, de nourriture ou de lieu d’élevage à une communautée variée d’organismes formée par des algues, des lichens, des champignons, des mousses, des plantes vasculaires, des nématodes, des molusques, des artropodes (spécialement les insectes saproxiliques), des reptiles, des mammifères et des oiseaux. Certaines de ces espèces font partie des catalogues des espèces menacées en Aragon et en Espagne.
  9. Les peupleraies des têtards sont, dans les grandes zones de la Chaîne Ibérique, les derniers restes de végétation riveraine et les seuls arbres de l’entourage.
  10. Ces vieux arbres sont le fruit de l’intéraction entre la culture et la nature. Ce sont des éléments fondamentaux du paysage des vallées et des pieds de mont de la Chaîne Ibérique aragonaise. Ils constituent l’axe d’une architecture végétale d’un cadre ouvert et déforesté. Ces paysages, mise à part leur grande beauté, sont doués d’une identité propre et caractérisent tout un territoire. Ce patrimoine vivant est quelque chose d’unique en Europe.
  11. Cette singulière exploitation agroforestière est le résultat d’un savoir faire ancestral réuni par les communautés paysannes, considéré comme une valeur ethnologique et historique.
  12. Les changements sociaux, économiques et techniques ont provoqué l’abandon des soins et de l’utilisation des têtards depuis une vingtaine années. L’arrêt de l’émondage implique la décadence et l’effondrement de leur branchage, un processus qui se manifeste de nos jours et qui va augmenter.
  13. La diminution du débit des rivières, le tubage des canaux d’irrigation, le brûlage des berges, le lotissement, la construction de barrages et l’ouverture de mines à ciel ouvert, comme celle projectée par l’entreprise WBB à Galve et à Aguilar de Alfambra, supposent des menaces pour les têtards, qui s’ajoutent au manque des soins.
  14. Pour tout cela, les têtards sont gravemente menacés à court terme et, en l’ absence des travaux qui réinstauraient les dits soins, ils disparaîtront de façon irrémissible dans quelques décennies.
  15. Le Ministère de l’Environnement, à travers les différentes Confédérations Hydrographiques de l’Èbre et du Júcar, entités responsables de la gestion des rivières, doit entreprendre un plan de conservation des masses de têtards moyennant la récupération de l’émondage par l’intermédiaire des groupes de travailleurs forestiers spécialisés et à travers la déclaration de “Paysage Fluvial Protégé” des meilleurs tronçons de rivière avec ces endroits boisés.
  16. Les têtards représentent une culture forestière avec une incidence très positive dans les systèmes écologiques, qui doit être reconnue par les Départements d’Agriculture et de l’Environnement du Gouvernement d’Aragon, dans le cadre d’un plan d’aides visant à compenser les agriculteurs de l’effort de leur conservation à travers le maniement tradictionnel.
  17. Le Département de l’Environnement, par ailleurs, doit s’impliquer dans la protection des peupliers et des peupleraies à caractère monumental, ainsi que tous les autres situés dans des bois de sa responsabilité directe, afin de restaurer l’émondage.
  18. Ces trognes âgés, obtenus par le travail des générations, supposent un patrimoine unique avec une valeur suffisante pour la déclaration de quelques tronçons des rivières aragonaises comme un “Parc Fluvial” par le Département de l’Éducation et de la Culture du Gouvernement d’Aragon, ce qui impliquerait une mise en valeur et un élan socio-économique dans le monde rural.